Victoria POLLASTRI, une petit bout de femme, pleine d’énergie .Un exemple à suivre notamment pour toutes les filles qui n’osent pas encore franchir le pas de la Force Athlétique .

Merci à toi Victoria pour cette interview confidence, pleine de sincérité, de conseils et d’expériences. Tu n’as pas compté ton temps pour nous aider à transmettre ta passion par le biais de ce bel article .

PowerliftingMag : La première question, qu’on a dû déjà te poser pas mal de fois,  quand as-tu commencé la FA et pourquoi as-tu choisi ce sport?

Longue histoire. Ma famille n’est pas du tout sportive. Plutôt littéraire/sédentaire : bouquins, musique, expos. Papa a fait le tour du monde en jouant de la guitare dans le métro, maman l’a suivie dans son périple.

Et pourtant, j’ai toujours eu une attraction pour les disciplines sportives.

Depuis mon enfance, j’ai multiplié les pratiques : gym, danse, patinage artistique en compétition pendant 4 ans, pole dance 3 ans. A l’âge de 19 ans, j’ai déménagé à Lille dans le cadre de mes études, et j’ai décidé de basculer sur la salle de musculation. J’y pratiquais le fitness à raison de 25h / semaine (Grit, TRX, les Mills et plateau musculation). C’est devenu un peu ma deuxième maison. Il m’arrivait même de réviser mes partiels entre deux séries de squat ou entre deux cours (Rires.).

Je suis très exigeante avec moi-même. Je suis en quête perpétuelle d’intensification. J’ai besoin de repousser chaque fois plus mes limites. Logiquement, j’ai donc quitté ma salle au bout de 9 mois, et j’ai décidé de me consacrer exclusivement au Crossfit. Il n’y avait alors que très peu de box (aucune à Lille, et seulement 3 sur la région parisienne). Le niveau était assez faible. J’ai participé aux premiers French Throwdown, et je me souviens encore du wod de qualification qui était ridicule comparé à ceux d’aujourd’hui (des pulls-ups sautés, des toes to bar, des push-ups…).

Très vite l’addiction m’a pris, et j’ai décidé de partir au Canada pousser la chose en janvier 2013. Je suis très exigeante avec moi-même mais aussi avec les autres… J’ai cette habitude de toujours chercher le meilleur dans ce que je fais. Je voulais les meilleurs entraîneurs, les meilleurs enseignements techniques. J’ai besoin de cette émulation par le haut.  Là bas, j’ai eu la chance de m’entraîner en haltérophilie avec Pierre ROY (entraîneur olympique) et de goûter à la compétition. A mon retour en France en 2014, j’ai signé à la VGA Saint-Maur, sur la section haltérophilie, où j’ai participé à mes premières compétitions, en parallèle du Crossfit. Je m’y suis entraînée pendant 12 mois, avant de déménager à Toulouse, où j’ai signé au THC. Là bas, l’atmosphère de la section haltérophilie ne me convenait pas, je ne me sentais pas à l’aise. J’ai donc commencé à m’entraîner de mon côté, et ayant un goût particulier pour la force pure, j’ai décidé de me licencier auprès de la FFForce (la fédération venait de se scinder en deux fédérations). Cela s’est fait vraiment de manière inopinée, sur un coup de tête. J’ai vu que j’avais les minimas pour faire les France, et je me suis donc mis l’objectif de faire une compétition nationale à la fin de l’année et de faire les Europe l’année suivante. Le challenge était lancé ! Mon copain (R.C) était mon entraîneur, j’ai donc eu la chance d’être coachée avec minutie. Il a élaboré une planification adaptée à mes pathologies, et on est parti sur un Jim Wendler, sur lequel j’ai progressé en flèche ! En 3 mois, je suis passée de 1RM à 100kg au soulevé de terre traditionnel, à 13 rép à 95kg. Cela présageait de bonnes choses pour la suite !

PowerliftingMag : Tu as pas mal de diplômes dans le sport, peux-tu nous en dire un peu plus sur ton travail et tes projets professionnels ?

 

C’est un roman qu’il va falloir écrire (Rire.). Non plus sérieusement, j’ai été très instable ces 5 dernières années.  Après un cursus inachevé à Sciences Po, j’ai décidé sur un coup de tête de quitter le milieu de la politique pour celui du sport. J’ai fait un semestre au Québec pour intégrer un Bachelor en Kinésiologie à l’Université de Montréal, où j’ai été admise. Mais en raison de problèmes de santé, j’ai du revenir en France. Mes parents souhaitaient que je rentre vivre à la maison. Pour ne pas perdre le fil de mes études, j’ai fait un semestre en STAPS à Paris, d’où je suis originaire, mais j’ai été très déçue du niveau comparé à ce que je faisais au à Montréal. Qui plus est, ne guérissant pas, l’administration a exigé mon redoublement (je ne pouvais pas faire les pratiques – j’ai été arrêtée pendant 1 an à cause d’une “sciatique” aigüe qui m’empêchait de marcher et d’oedèmes au psoas/droit antérieur/moyen fessier et adducteur droit). Pour moi c’était hors de question, car je m’ennuyais clairement en cours et je trouvais ça aberrant de redoubler une L1, dont j’avais validé la théorie. Les médecins ne trouvant aucun moyen de me guérir, et n’étant pas sûre d’y parvenir un jour, j’ai été confrontée à de profondes réflexions sur ma carrière professionnelle. Il n’était pas sûr que je puisse continuer dans la filière sportive. J’ai du me faire une raison. J’ai donc abandonné le STAPS en 2015, me suis inscrite en Fac de Sociologie puis j’ai intégré l’Ecole de Journalisme de Toulouse en 2016 (j’ai renoué avec mon cursus initial plutôt axé Sciences Humaines).

Je me suis forcée à me remettre au sport malgré la douleur. Sans explication la “sciatique” s‘est apaisée (je ne sentais plus du tout ma jambe droite, mais j’arrivais quand même à m’entraîner comme je pouvais, et pour moi c’était déjà un miracle). J’ai repris 20 kg en 3 mois.

C’est là bas que j’ai réellement commencé la Force Athlétique et me suis licenciée à la FFForce. Mon club était juste derrière mon Ecole, donc j’allais m’entraîner entre 12h et 14h, et je lunchais sur le pouce, entre deux “interviews”.

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Cette année à été décisive pour moi. J’ai vraiment repris du poil de la bête, et après une grosse réflexion, et l’appui de mon copain (qui m’a soutenue dans mes projets), j’ai ré-envisager la possibilité d’aller au bout de mes ambitions professionnelles. Mon copain étant diplômé du BPJEPS AGFF Mention D du Creps de Montpellier, il m’a recommandé cet établissement pour la qualité de son enseignement et de ses intervenants. Le plus dur a été la désapprobation de ma famille qui était très réticente à l’idée d’une nouvelle réorientation, dans un milieu qu’ils jugeaient sans déboucher et “moins noble”, surtout pour un diplôme classé niveau Bac. Renoncer à Sciences Po, à un Master de Socio, et maintenant à une Carte Professionnelle de Journaliste, c’était trop pour eux. Pour ne pas soulever le débat, j’ai fait les démarches seule, sans leur en parler. J’ai gardé le secret, jusqu’à l’été. Une fois mon dossier accepté, je leur ai annoncé ma décision, et j’ai essayé de leur faire comprendre que le sport n’était pas moins noble que les études socio-littéraires. Me voilà donc. Dans 4 semaines, je serai diplômée du BPJEPS AGFF Mention D. Je compte poursuivre mes études jusqu’au Master STAPS. Je retourne sur les bancs de la fac, à mi-temps ! J’ai quelques projets dont je ne peux parler pour le moment (il faut rester connecté !). En revanche, je peux parler de mon auto-entreprise que je vais lancer officiellement à l’été : Virtuosity Coaching (le site est déjà prêt). Virtuosity Coaching, est l’achèvement d’années d’observations, de voyages, d’expérimentations, d’études, de lectures, de séminaires. L’achèvement d’une envie : celle de permettre à tout un chacun de performer à SON niveau. Virtuosity c’est un temple dont les piliers sont : la Performance, la Santé, l’Epanouissement.

Un temple ouvert à tous : sportifs de haut niveau comme débutant ou sédentaires. Je veux transmettre l’idée qu’il n’y a pas d’âge pour devenir sportif, pour se reprendre en main, ou pour faire de la compétition. Je veux transmettre à chacun l’idée que rien n’est impossible. On peut accomplir de grandes choses sur de solides fondations. C’est souvent ce qu’il manque à la plupart des individus. Ils ont sauté trop d’étapes par égo, ou pas impatience. On veut toujours pousser plus lourd, mais on oublie que si une brique est mal posée dans un temple, le temple tôt ou tard s’effondrera. Je veux transmettre l’envie de transgresser ses peurs et de se révéler. Parce qu’ils sont si nombreux, à ne pas exploiter leur potentiel… L’être humain a cela de fascinant : ses ressources sont illimitées.

PowerliftingMag : Quel regard à ton entourage sur ta passion?

Indifférent, tout du moins c’est ce que je pensais au départ. Aucun membre de ma famille n’est venu me voir en compétition, ou n’a assisté à un de mes entraînements. Avec le recul, et la réflexion, je pense que c’est par peur ou désintérêt. Ma mère n’ose même pas regarder des vidéos de moi sous les barres. Elle a peur que je me blesse. Mais je la comprends. De par son histoire, elle est très maman-poule. Mon papa, lui, est plus ouvert. Je crois même qu’il est très fier, car la dernière fois que je suis allée le visiter, tous ses collègues étaient au courant de mes performances. Il dit que je suis sa fierté. Avec le dialogue, j’arrive peu à peu à les ouvrir à cette discipline. Tout le monde me soutient, mais à distance disons, et tant que ma santé est là. Ils ne sont pas très rassurés quand je fais des jeunes de 48h avec sauna avant les compétitions. Et ne comprennent pas trop pourquoi je mange 4 oeufs au bacon tous les matins ou un filet de rumsteak (!)

Je n’ai pas beaucoup de vrais amis avec tous mes déménagements, ils sont tous éparpillés aux 4 coins du monde, mais me soutiennent via les réseaux sociaux. Chaque petit message est toujours très émouvant. Ça aide beaucoup mentalement avant les échéances, surtout dans les moments difficiles (fatigue, blessure, problème de poids…).  J’ai aussi l’immense appui de Romain C., une personne un peu spéciale qui a été mon premier entraîneur de FA. Il est toujours présent pour me soutenir.

Et il y a une nouvelle personne dans mon entourage qui elle me soutient à 10 000 % :  j’ai créé un lien très solide avec Marco, que j’appelle Papi. (sourire.)

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Papî 😉

 

PowerliftingMag : Comment es-tu perçue à la salle sachant que tu soulèves plus lourd que certains branleurs ?

Vous êtes dur (Rires). J’ai de très bons rapports généralement avec les membres des gyms que je fréquente depuis mes débuts. J’ai même créé des liens très forts. Et j’en ai fait pas mal … ! (j’ai déménagé de ville, 5 fois depuis 4 ans… mais cette année c’est décidé, je me stabilise à Montpellier pour un petit moment. Je suis tombée en amour avec cette ville).

Je suis assez sociable, et je crée facilement le contact. Ça doit venir du sang latin. J’ai globalement un peu de mal avec les autres femmes. Depuis mon enfance, j’ai toujours préféré la compagnie des hommes, et ai cultivé un cercle d’amis exclusivement masculin (sauf quelques exceptions). Mais petit à petit, ça va mieux. Au sein de ma pratique, je rencontre des nanas moins girly, avec qui le feeling passe bien. Je m’entends par exemple super bien avec Caro SUNE, la responsable de section FA de mon club qui est championne d’Europe -57kg 2017,  et avec Charlotte VEDEL, qui a fait les stages EDF avec moi. J’ai aussi bien sympathisé avec quelques nanas SHN qui s’entraînent au Creps.

(Disons, que j’ai juste du mal avec les discussions shopping, potins, maquillage... Ça m’emmerde vite !).

La dimension sociale joue un rôle très important dans la pratique. Mais pour autant, j’aime m’entraîner en silence et intensément.

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Je me suis d’ailleurs entraînée seule toute la saison, souvent le soir au Creps, une fois les pôles partis. Mon coach ne résidant pas dans ma ville, il n’a pu assister qu’à deux de mes entraînements sur toute la saison écoulée. Il y a un moment pour tout : l’entraînement et le social. Je m’énerve assez vite, si des paramètres extérieurs vient perturber mon training. Généralement, je m’accorde un moment avant ma séance, et je reste souvent à la fin pour discuter avec mes collègues. Mais pendant ma séance, les gens savent qu’il ne faut pas me déranger, ni venir me parler. La force est une discipline qui exige une concentration extrême. Les récupérations sont chronométrées, et ne sont pas un moment de distraction. Elles sont un moment de préparation mentale à la série suivante. J’essaie d’éteindre mon téléphone dans ces moments là, pour ne pas être dérangée.

C’est le seul moment de ma journée, où je peux m’isoler, faire le vide, et me retrouver avec moi-même. C’est un moment très particulier.

Il est rare que je me mettre à tchatcher entre mes séries, sauf sur les séances légères, en deload, où je m’autorise un entraînement plus à la cool.

Comme le dit le fameux motivational : “I am not here to talk.”

PowerliftingMag : En dehors de la FA, qui est Victoria POLLASTRI ?

On va dire qu’au quotidien, je suis quelqu’un de passionnée et assez extrême dans tout ce que je fais. Je suis très indépendante, et attachée à ma liberté. Je suis parfois excessive. Mais j’aime l’idée de vivre intensément. Je déteste passer une journée enfermée à la maison. J’ai besoin du soleil, de la mer, de la nature. J’adore Montpellier pour ça. Ça peut m’arriver d’acheter un billet d’avion sur un coup de tête, pour un voyage à l’autre bout du monde, seule en sac à dos. Ou parfois par exemple, ça me prend le matin, j’ai envie de faire un truc nouveau. Alors je vais tester un cours de Yoga,  de Combat, de Gym ou même de chant. Je déteste la routine. Les gens me reprochent parfois d’être effacée. Ce n’est pas le cas. Je vis juste à 100 à l’heure, je fais pleins de choses, je mets tellement de cœur dans mes projets, que j’en oublie parfois le reste… En fait j’ai simplement terriblement peur de passer à côté de mes ambitions, de pas construire le futur qui m’épanouirait. Je suis très exigeante envers moi-même, et du coup aussi avec les autres.

PowerliftingMag : On va laisser le côté personnel des questions, j’aimerais connaître ta méthodologie d’entraînement pour savoir comment tu as obtenu un tel niveau en FA? Combien de séances à la semaine t’entraînes-tu ? Quel type d’entraînement ? Quel est le rôle de ton coach ?

Le chemin est complexe. Je pense que j’ai toujours eu une petite facilité pour la force. Au Crossfit c’était mon point fort. Dans les périodes où j’ai été très maigre, même au plus bas à 37kg, je squattais 90kg. Ce qui je pense est pas mal correct. J’ai donc suivi les planifs de mes box de Crossfit et notamment celle d’OPT que mon entraîneur canadien appliquait.

J’ai ensuite suivi différents protocoles de manière aléatoire, car mes entraîneurs ne me faisaient pas de programmation réellement individualisée. On m’a tout d’abord fait essayé Smolov à l’âge de 19 ans (sur lequel j’ai laissé ma hanche droite – fléchisseur, psoas, moyen fessier, et protrusion discale)… UN PROGRAMME DE MERDE. Et dont je n’ai toujours pas guéri, 3 ans après…). Et puis l’année dernière, mon entraîneur m’a fait suivre le programme Jim Wendler, en l’adaptant quelque peu, puis celui de Boris Scheiko, auxquels j’ai très bien réagi !

Je crois que le volume me correspond bien. C’est d’ailleurs ce que reflète l’analyse de mon profil en neuro-transmetteurs.

Pour autant avec Marc, c’est tout l’inverse. J’ai débuté avec lui à l’été 2016, après 1 an à faire des entraînements à très haut volume. On a passé trois mois à faire une PPG axée masse-hypertrophie, plutôt culturiste, où j’ai modifié mon placement.

Sa méthodologie linéaire m’a beaucoup perturbée au début de la saison. J’avais l’impression de ne rien faire de la saison. Des doublés à 90%, triplés, et très rarement des quintuplés. 3 séances par semaine, dont 1 seule fois du soulevé de terre. Niveau intensité : Une seule série. Intense.

Mais du volume quasi réduit à néant. Avec une assistance limitée à deux trois exercices, durant la saison. Et très très peu de gainage. Venant du Crossfit, ce volume minimal a été difficile a accepté. J’ai douté au début. Mais très vite j’ai compris que la force est une discipline qui n’accepte pas la médiocrité. Elle ne tolère pas l’à peu près. Elle fait appel à un travail du Système Nerveux Central très éprouvant. Il n’y a que deux réps dans l’entraînement mais il faut être à 3000% engagé dans ces 2 uniques répétitions.

Marc est excellent dans la maîtrise du peaking. J’arrive toujours avec une énergie hors norme sur les compétitions.

Aux France les résultats ont parlé d’eux-même. L’efficacité du travail de Marc VOUILLOT n’est plus à prouver. C’est un homme de grandes connaissances.

PowerliftingMag : Comme sportive, suis-tu un type de diète particulier ?

Au début de la saison 2017, j’ai fait le choix de descendre en -52kg. Je pensais y parvenir aisément, ayant été beaucoup plus mince par le passé, mais ça a été un calvaire toute l’année, malgré l’aide d’un diététicien. Impossible de passer la barre des 54kg, sauf par le biai du jeune lors des compétitions. Et pourtant, j’ai tourné à 1000 kcal / jour, une bonne partie de la saison.

En réalité, je souffre d’une hypo-thyroidie d’Hashimoto (auto-immune) qui bloque la perte de poids. Qui plus est, avec deux années passées à 37kg (lié à un choc émotionnel) et 20kg repris en à peine trois mois, mon métabolisme s’est énormément ralenti.

J’ai donc de gros problèmes avec la gestion de ce poids, malgré une alimentation toujours très ascétique. Je ne consomme ni lait, ni blé, ni sucre. Sans pour autant être radicale dans mes positions. Il m’arrive d’en consommer exceptionnellement (voyages, restaurant, invitation). Je privilégie les aliments non transformés, et les cuissons à la vapeur ou au wok. J’utilise des tupper sans BPA. J’applique pas mal de principes diététiques de médecine chinoise et de chronobiologie. Je n’ai pas fait d’écart depuis 3 ans… Je contrôle tout ce que je mange (macros avec la balance). J’ai enchaîné les régimes draconiens : 0 carbs pendant 1 an, Cétogène à 10g / carbs par jour pendant 2 ans, … Mais aujourd’hui c’est fini. J’ai compris qu’être une athlète ce n’était pas ça. Ce n’était pas des abdos tracés, et un corps sculpté pour la scène. Etre athlète c’était avant tout performer EN SANTE. Mizar, mon entraîneur à Montréal, me le répétait chaque matin. A l’époque, il ne m’a jamais félicité pour mes abdos saillants. Bien au contraire… Il m’interdisait de m’entraîner plus d’une heure par jour, pour me forcer à reprendre du poids. Depuis le “6 packs” s’est envolé (RIP), mon surnom a évolué de “Crevette” à “Loukoum” (La fédé a quand même osé m’appeler ainsi sur le compte-rendu des Europe !) mais ça ne me dérange pas. Malgré que je ne sois pas satisfaite de mon physique actuel, je m’efforce d’apprendre à aimer et respecter ce corps qui me permet de performer quotidiennement. Et surtout à retrouver la dimension de plaisir dans mon alimentation. C’est quelque chose qui est très important et qui se perd. De nombreuses sportives sont touchés par l’orthorexie. C’est encore un tabou malheureusement. Il faudrait vraiment sensibiliser à ça.

Oui, la diététique est un élément essentiel de la performance : je mange avant tout pour performer. Mais aujourd’hui, je privilégie un rapport plus équilibré : j’équilibre tous mes macros (plus de diète exclusive), et je m’autorise des écarts… C’est important pour relancer la leptine (hormone de mobilisation de la masse grasse), et les endorphines. Vive le Saint-Emilion et le beurre de cacahuètes !

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PowerliftingMag : Les muscles sont importants, mais la tête aussi, comment te prépares-tu à affronter des barres aussi lourdes pour ton poids ?

Le mental est L’ ELEMENT PRIMORDIAL. Du moins dans mon cas, je pense qu’il est le facteur n° 1 dans mes performances. Je l’ai vu aux Europe et aux France, où j’ai battu 2 records de France, et ai validé un minima Monde, après 50h de déshydratation et jeûne, avec sessions de saunas, et sprints avant la pesée. Malgré ces conditions peu optimales (migraine, vision floutée,…), j’ai réussi à développer des barres que je n’avais jamais passé à l’entraînement ( 118kg au squat et 130,5 kg au SDT).

J’ai d’ailleurs rassuré le staff EDF qui paniquait de mon surpoids la veille des Europe. Je savais qu’une fois la pesée passée, tout me serait possible, parce que le mental prendrait le dessus sur la fatigue physique

Si ce n’est pas le mental qui veut ça, je veux bien qu’on m’explique 🙂

Ca m’a valu quelques hématomes sur le front le lendemain de la compétition (Rires). Je me prépare en général une semaine avant mon échéance. Je n’ai pas de coach mental ou de psy du sport. Je me prépare seule, par des méthodes de visualisation que j’ai développé et par de l’écoute musicale. Je n’ai jamais lu de bouquins sur la sophrologie (même si je sais que Marc l’utilise énormément avec certains de ses athlètes). Je ne parle avec personne, c’est un travail d’isolement que je réalise en amont. C’est un long processus pour réveiller en moi des émotions intenses, et souvent enfouies. Je fais appel à mon vécu sentimental, à mes blessures, aux souvenirs d’expériences de compétitions passées. A ma soeur, qui est une grande source d’inspiration, et à Ema. Le jour de la compétition, je sais exactement quand je suis Présente et quand je ne le suis pas.

Cet état de “transe” est très volatile. Le plus gros travail consiste à ne pas le perdre pendant la compétition, entre les passages sur les différents mouvements, où les temps d’attente sont parfois longs. J’ai toujours un casque pour m’isoler des nuisances sonores qui pourraient me perturber. Marc sait exactement ce que j’attends de lui. On ne parle pas, ou très peu. Une bribe de phrase par ci, par là. Une citation murmurée à mon oreille (“Only the strongest shall survive”). Il sait comment il doit me regarder. Quand je lui prends la main, il sait exactement ce que j’attends de lui (qu’il me la serre fort, très fort, comme pour le broyer). Avant de passer sous mes barres, il sait qu’il doit m’agripper très fort les trapèzes. Le dialogue est indirect : tactile et visuel.

S’il m’arrive de perdre cet état de concentration, j’ai une solution plus radicale. J’ai toujours une photo dans mon sac, pour me remémorer la réalité de mon passé. Et… je me “frappe”. En général, je retrouve vite cet état extatique.

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PowerliftingMag : As-tu un modèle dans la Force Athlétisme ?

Je n’ai jamais eu de modèles pour quoi que ce soit. Les modèles sont un bon moyen de s’émuler, mais … je n’aime pas l’idée d’idéaliser et d’imiter qui que ce soit. Ils limitent le champ des possibles. Je préfère cultiver ma personne, dans sa singularité. En revanche, il y a des personnes pour qui j’ai énormément d’admiration : mon entraîneur, avec qui j’ai créé un lien très fort, et que j’aime appeler Papi (Marc VOUILLOT). Tu es une si belle personne, avec des valeurs si fortes. Tu m’apportes bien plus que des outils pour ma pratique. Tu m’apportes des enseignements de vie qui enrichissent ma vision sur ce monde, et m’aident à avancer au quotidien. Tu as cette force de caractère qui m’impressionne.

Je n’oublierai pas non plus Mizar FUENTES ORTEGA – mon entraîneur au Canada, un petit brin d’homme extraordinaire, avec une profonde sensibilité humaine, qui a bouleversé mes certitudes et mon chemin de vie.

Je me souviens que tu me répétais chaque matin que je n’étais pas une athlète, qu’être athlète c’était une discipline, une rigueur, un état d’esprit. Tu m’as retranchée dans mes limites, à en pleurer. Mais surtout tu m’as aidé à sortir de mon gouffre dans le moment le plus difficile de ma vie.

Et puis il y a quelques athlètes qui m’impressionnent : Sofia LOFT, Isabella VON WEISSENBERG et évidemment Caroline SUNE, qui a un mérite ÉNORME, humainement et sportivement, pour tout ce qu’elle réalise.

PowerliftingMag : Que penses-tu qu’il manque à notre sport pour qu’il soit plus connu? Es-tu prête à faire bouger les choses?

Le problème est plus national je dirais. A l’étranger, il y a des pays où la culture athlétique est très forte. C’est le cas des Etats Unis, de l’Angleterre, des pays d’Europe de l’Est, et de certains pays d’Amérique Latine. Les fédérations ont parfois beaucoup plus de moyens, et la discipline est bien plus médiatisée auprès du grand public.
En France, une personne sur 2 ne sait pas ce qu’est la Force Athlétique, et parfois ils ne connaissent même pas l’haltérophilie. Il n’y a qu’à voir le dernier article publié sur Sofiane BELKESIR… Une honte pour des journalistes qui n’ont même pas été creusé le sujet (ça m’énerve d’autant plus que je viens de ce milieu). Il y a énormément d’à-priori sur la discipline en elle-même. Il y a un réel travail d’éducation à faire sur les origines et les fondements même de notre discipline. Il y a aussi un travail ENORME à faire sur l’image de la force féminine et du corps féminin. Les commentaires que nous subissons et certains comportements que se permettent certains individus en compétition sont absolument intolérables. Mais c’est un problème de société, et non inhérent à la force uniquement. Cette question mériterait un article complet… Heureusement, il y a des personnes qui se bougent pour faire avancer les choses. D’ailleurs j’ai signé à BodyForm Frontignan chez mon amie Caroline SUNE, pour cette raison. Elle s’investit énormément pour ses athlètes. Elle a une énergie monstre. C’est un acharnée du travail. Elle venait de développer une section FA, et j’avais envie de contribuer à l’agrandissement d’un petit club motivé. Me concernant, j’ai énormément d’envies, de projets, et surtout de choses à dire sur l’état des lieux en France de notre discipline, mais il est encore trop tôt pour parler. Prochainement… 

 

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