Joris QUAI, de l’athlète de force athlétique au préparateur physique 

 

 

Interview de l’athlète de Force Athlétique et préparateur physique, Joris QUAI, qui désormais tire pour la sélection Italienne. Aussi grande gueule que fort, Joris se livre sur le choix de sa nouvelle sélection nationale, sa vie professionnelle, ses façons de travailler…

 

PowerliftingMag : Pour commencer peux-tu te présenter et nous dire un peu ce tes débuts en Force Athlétique ?

 

Joris QUAI : Je suis athlète de force athlétique de haut niveau catégorie -83kg. Professionnellement, je suis coach à la Box de Crossfit de Baillargues, préparateur physique, de temps en temps j’interviens au CREPS de Montpellier en tant que juge ou formateur et je m’occupe de l’association les Spartans de Montpellier.

Cela fait 5 ans que je pratique la Force Athlétique. La première année junior je suis allé jusqu’aux championnats de France où j’ai terminé la compétition par une bulle au squat, cela m’a appris comment gérer une compétition en me prenant ma première claque dans la gueule. A ma deuxième année junior je finis 3ème aux Championnats d’Europe de Force Athlétique ainsi que 4ème au Championnat du Monde et champion de France. Ma troisième saison a été l’année où je suis passé en catégorie Open. Je me suis fait coiffer au poteau avec 722.5 kilos pour me qualifier au Championnat d’Europe, pourtant devant Romain PICOT-GUÉRAUD et Gil PINHEIRO sur le total et aux sélections. La Fédération décide de ne pas m’envoyer au Championnat d’Europe et les autres oui.

Cette année j’ai été également Champion du Monde universitaire ainsi que Champion d’Europe de l’ouest avec un titre de meilleur athlète open à l’indice et vice-champion de France.

Ma 4ème année j’ai fait 8ème au Championnat d’Europe et vice-champion de France.

 

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PowerliftingMag : Pourquoi es-tu passé de la section de France à celle d’Italie?

 

Plein de choses sont rentrées en compte dans cette décision de changer de sélection. Tout d’abord, le fait que leurs choix d’athlètes envoyés en championnats internationaux ne sont pas faits de manière équitable et valable.

Le staff d’équipe de France ne fournit aucun suivi des athlètes pendant la saison, pas de demande d’état forme, ou sur la situation actuelle au niveau de la préparation, les charges, les sensations, les évolutions. Bref toutes demandes indispensables auprès d’un athlète de haut niveau pour une collaboration avec son préparateur et un coaching optimal en compétition internationale.

Mon entente avec les membres de la fédérations n’était vraiment pas au mieux,  ceci dû au fait que je n’ai pas l’habitude de me laisser dire les choses sans fondement solides. Je pense aussi au fait que j’ai eu deux coachs non appréciés par la Fédération : Marc VOUILLOT et Fabian BERNARD. Les personnes apportant du changement ne sont pas appréciées visiblement…

 

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          Joris QUAI avec l’entraineur de la sélection Italienne, Giuanluca PISANO

 

Mes championnats d’Europe de la saison dernière ce sont mal passés pour beaucoup de raisons. Je n’exclus pas le fais que je n’étais pas au meilleur de ma forme, celle-ci due au travail qui ne cessait pas d’affluer et à une programmation qui n’était pas adaptée à cette situation. Mais même en n’étant pas à 100% je suis capable de mieux que ce que j’ai réalisé. Donc les principales raisons sont surtout à cause d’une mauvaise compréhension avec le staff, comme par exemple en ce qui concerne l’épanouissement d’un athlète au sein d’une discipline individuelle… Pour ma part j’ai besoin de rester dans une bulle de conditionnement personnel, m’isoler pour me recentrer et concentrer. Et là on m’a limite obligé à partager une vie de groupe ainsi qu’à me déplacer sur le lieu de compétitions quand mes collègues tiraient, ce qui peut générer du stress chez des athlètes (l’ambiance, les échecs vus sur plateaux etc…). Mes barres de départ demandées à 22h du soir et devoilées le lendemain à mon adversaire en équipe de France…Personnellement je ne vois pas pourquoi j’aurais une relation amicale avec un de mes adversaires même s’il tire pour le même pays. Un adversaire n’est juste qu’une source de motivation pour moi, j’ai juste envie de la battre, pas envie de boire le thé avec lui. Si j’ avais voulu vivre des aspects du sport collectif, j’aurais fait du football… ceci est un exemple parmi tant d’autres…

Je peux vous en citer une deuxième raison qui m’a aussi donné l’envie de quitter l’équipe de France … Ils ont foutu en l’air le championnat d’Europe d’Astrid TALPE, mon athlète, ne respectant pas les consignes que j’avais données en tant que préparateur et coach sur les barres de départ avec plusieurs possibilités de changements en vue de son 3ème Squat. Ils n’ont pas respecté le deuxième choix que j’avais donné pour la barre de départ au Bench ce qui lui a valu de buller. Sans compter que quelques heures avant sous réserve que comme notre président était présent dans le public on lui avait dit qu’on ne la coacherait pas… Ceci a fait partie de la goutte qui a fait déborder le vase !

Donc dès que j’ai terminé mes championnats je suis allé rencontrer l’entraineur de la sélection Italienne Gianluca PISANO qui m’a reçu avec un grand professionnalisme. Lui faisant part de ma demande de transfert, il m’a dit du fait de ma double nationalité ça serait un grand plaisir pour lui de m’accueillir au sein de la sélection Italienne et de son club Powerlifting Genova.  Mais il fallait que je prenne contact avec le président Sandro ROSSI, qui acquiesça ma demande avec discussion avec la fédération Française qui n’essaya en aucun cas de me retenir… Le président de la fédération Italienne me demande donc de faire deux compétitions en Italie avant 2017 pour pouvoir tirer sous le drapeau italien en 2018.

Ce que j’ai fait et me voilà donc officiellement athlète Italien, et je n’ai aucun regret ! Car je n’ai jamais eu autant de contacts avec des membres d’une fédération qu’en si peu de temps, membre de la FIPL. Une fédération ne peut gérer des athlètes de haut niveau qu’avec des personnes l’ayant vécu

PowerliftingMag : Peux-tu nous faire un bilan de ta saison actuelle ?

 

Joris QUAI : Au Championnat d’Italie, j’ai tiré pour les moins de 93 kilos, en faisant 83.5 kilos. J’ai terminé deuxième avec un total de 695kilos, n’étant pas en forme et ayant trop de différence de poids avec les autres adversaires. Je termine aussi 7ème au championnat d’Italie de Benchpress Raw avec une barre à 160kg, compétition que j’ai pris en plein milieu de ma préparation.

Donc actuellement mon nouveau club est Powerlifting Genova, en Italie. Je n’y vais que rarement pour m’entrainer. J’irai en Mars pour faire un bilan technique.

Actuellement Je m’entraine seul, depuis je me sens mieux, je progresse beaucoup plus. Je m’entraine sur les bases que m’avait inculqué Marc VOUILLOT, avec ma touche personnelle. Cela ressemble plus à ce que je recherche comme style d’entrainement, je récupère et me repose beaucoup mieux.

 

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PowerliftingMag : En parallèle à ta carrière d’athlète, tu es préparateur physique avec des athlètes pratiquant d’autres disciplines que la Force Athlétique, que leur transmets-tu ? Uniquement le travail de force ? Dis-nous en un peu plus ?

 

Joris QUAI : Au début j’étais coach sportif en salle de musculation, mais aujourd’hui j’ai l’avantage de n’avoir que des athlètes pour clients : force athlétistes, crossfitteurs, pentathloniens, judokas, footballeurs, triathlètes…j’ai vraiment de tout.

Je teste les entrainements sur moi et j’individualise la programmation de mes athlètes. Je ne peux pas voir le style d’entrainement en masse. Sinon on en revient au même système de planification qui peut être vendu sur internet ou dans les chaînes de salles de musculation… Il y a une même trame conductrice entre tous les athlètes que j’entraine, et après c’est individualisé selon les objectifs, forces et faiblesses de chaque athlète.

Si déjà on doit individualiser dans un sport collectif comme du football, alors évidemment qu’on doit individualiser sur un sport individuel.

Chaque athlète ne réagit pas pareil à certains types de programmations et la surcompensation qui en résulte (le développement des capacités physiologiques du corps à la suite d’un stress physique) par exemple.

C’est gratifiant de voir que tu viens d’un autre milieu mais que tu es capable de préparer un autre. Ça te force à sortir de ta zone de confort en tant qu’entraineur et préparateur physique car ça te permet de faire des recherches et de garder le nez dans les bouquins. Donc tu n’arrêtes jamais d’apprendre et ne restes pas sur tes acquis.

Après, je me complais à pratiquer d’autres sports comme la gymnastique, lhaltérophilie, qui sont des disciplines complémentaires pour notre sport et il me plait à lenseigner à mes athlètes pour la performance mais aussi une ouverture desprit sportif.

 

PowerliftingMag : Que conseillerais-tu à un débutant en FA comme style d’entrainement ? Sa nutrition ?

 

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Joris QUAI : Avec un débutant qui n’a jamais pratiqué la Force Athlétique, je commence par le travail technique. J’oriente le travail sur un système de tempo, temps sous tension (TST), par exemple du 3 secondes sur l’excentrique et du 3 secondes le concentrique, jusqu’à 5 secondes/5 secondes. Tout le travail sous tension va permettre de travailler les trajectoires des mouvements, de voir tes défauts, de travailler ton placement et d’affiner tes sensations sur les mouvements. La charge reste sur du sous-maximal. Je lui conseille de prendre entre 50 à 60 % de son max (1RM) et de le travailler sur du Temps Sous Tension en 5X5.

Par exemple sur un développé couché, il va ressentir la mise en tension du grand dorsal et le travail d’ancrage et de poussée dans le sol.

Et sur un squat, il va sentir toute la mise en tension au niveau de la ceinture scapulaire pour la fixation du dos, et le travail de poussée dans le sol bien reparti sur les deux pieds.

C’est très important, il faut qu’il ressente toutes ces choses-là !

 

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PowerliftingMag : Sur une publication récente de Preparation High Performance, tu parles de « combiné agoniste / antagoniste », peux-tu nous expliquer l’importance d’un bon équilibre du corps en FA ?

 

Joris QUAI : Je trouve ça indispensable, il faut rééquilibrer les force. Déjà pour éviter les pathologies, mais aussi pour maximiser les performances. Par exemple sur un déséquilibre quadriceps/ischios, tu peux risquer d’avoir des phénomènes de tiroir au niveau de ton genou ou tendinites rotuliennes ou bien même finir avec des blessures musculaire sur le muscle le moins fort .

Je suis passé par une pathologie au niveau du genou (tendinite rotulienne), et après un test isocynétique, on s’est rendu compte avec mon entraîneur Marc VOUILLOT que j’avais un déséquilibre à ce niveau-là.

On a rattrapé le déséquilibre avec un travail spécifique sur le déficit de force et maintenant la pathologie cest dissipée.

Un test isocynétique a pour but d’évaluer la force d’un groupe musculaire et ce de façon dynamique, en se rapprochant le plus possible du travail physiologique

 

Tout ce travail est la prophylaxie, c’est-à-dire l’ensemble des mesures visant à empêcher l’apparition, la réapparition et la propagation de maladies. Il y a différents outils et méthodes pour déceler les risques de blessure et différents moyens pour construire des programmes correctifs, individualisés et fonctionnels qui tiennent compte des déficits et des déséquilibres.

 

La prophylaxie est primordiale dans toutes les disciplines, mais surtout principalement dans les disciplines de force. Le corps humain est fait pour faire de l’activité physique, mais il n’est pas fait pour la performance. On pousse notre corps à faire ces choses-là, mais notre corps n’étant pas fait pour cela, il faut le préparer au mieux pour ce type de réalisation.

 

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Comme disait Marc VOUILLOT, la force athlétique n’est pas un sport sur 1 à 3 ans, mais un sport sur 10, 15 ou 20 ans. C’est un sport de longue durée. Il ne faut pas voir comment évoluer très vite mais comment durer et travailler un potentiel évolutif sur plusieurs années. Est-ce que tu verras des athlètes du type Brett GIBBS dans 10 ans ? Non, ils ne seront plus là, ils seront pour la plupart en vrac. Techniquement ils ne sont pas optimaux, c’est la force qui prime plus que l’exécution. Par contre ils sont forts, ceci est incontestable, mais pour combien de temps? Un autre exemple, John HAAK, athlète Américain, avec des soulevés de terre à 310 et 315 kilos, lors de son second et troisième essais aux Championnats du Monde au Texas. Grosse performance, mais techniquement cela n’est vraiment pas beau à voir . Il doit avoir des vertèbres en titane, mais même le titane n’est pas indestructible non plus, un jour ça lâche !

 

PowerliftingMag : Tu coaches ta copine, Astrid TALPE, qui est aussi dans la Force Athlétique, est-ce une source de motivation supplémentaire pour vous deux ?

 

Joris QUAI : Oui je réalise sa planification en force athlétique. Au début ce n’était pas le cas, mais cela s’est fait naturellement. Cela a renforcé notre relation, créé un soutien constant si un des deux à un coup de mou dû à des facteurs extérieurs,les entrainements qui deviennent difficiles, l’autre est là pour lui apporter les paroles nécessairse pour le rebooster.

La voir réussir ses performances et atteindre ses objectifs me donne plus de satisfaction que quand je réalise les miens. Je suis extrêmement fier d’elle. Elle a une grande force en elle, un mental à toute épreuve ! Elle est ma source de motivation, mon moteur, elle me donne envie d’avancer tous les jours et de me dépasser.

Je la remercie énormément pour le soutien qu’elle m’apporte à tout moment. C’est une bénédiction de partager sa passion avec la personne que l’on aime.

 

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Un grand Merci Joris !

 

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